Une histoire de coeur pas comme les autres

C’est la première fois que je me rends au théâtre de Rezé, et je le découvre un peu perdu au milieu d’une zone pavillonnaire, sous une averse d’orage, avec une soirée sur le don d’organe en perspective. A priori, ça part mal.

La salle bondée et agitée se calme doucement et l’attention se porte peu à peu sur la scène. Un musicien vient se poser sur son perchoir garni d’instrument, une arche tendue au dessus de la scène. Puis un comédien prend place au centre de la scène et s’avance sur ce qui semble être de prime abord une petite estrade. Immobile, il patiente jusqu’à ce que toute l’attention soit portée sur lui, puis, dans un silence total, entame son récit.

« Ce qu’est le coeur de Simon Limbe … »

JPEG - 27.3 ko

Il ne s’arrêtera pas avant la fin de l’histoire, débitant son texte avec une précision chirurgicale dans une salle armée d’une concentration digne d’un blog opératoire.

Lentement, l’estrade se met en mouvement. Il s’agit en fait d’un tapis roulant à vitesse variable, absolument silencieux qui va rythmer la narration. Le seul en scène prend de l’ampleur et le comédien alterne des moments de marche tranquille ou de course folle en fonction de la tension du récit. Le musicien s’accorde à ces variations de rythme et fait résonner le texte au son d’un trombone, d’une guitare électrique, de sa voix ou de quelques samples.

JPEG - 21.7 ko

Nous voilà d’emblée emportés par la nouvelle. C’est l’histoire d’un cœur, celui d’un jeune homme victime d’un accident de la route et dont le cerveau ne survit pas. Mort selon la clinique moderne, mais vivant d’apparence. Ses parents, face à ce corps qui respire encore doivent choisir en quelques heures de ce que deviendront les organes de leur enfant. Puis tout s’enchaine : les urgentistes, les analyses, les entretiens avec les parents, les coordinateurs du don d’organe, les chirurgiens, le bloc, l’avion, la glacière, le bloc encore, et la patiente qui recevra un nouveau cœur.

Ce texte est une valse, une seule voix porte une multitude de personnages qui entrent en scène chacun à leur tour et jouent leur rôle dans cette transplantation. Les histoires s’entremêlent et le temps presse. En l’espace d’une journée, ce cœur passe d’un corps à l’autre et traverse les vies de tous ces gens.

La mise en scène est résolument originale et efficace. Cette esthétique épurée habille élégamment le récit et lui donne de l’ampleur sans lui voler la vedette. Le comédien sait poser sa voix tout en nous faisant ressentir l’agitation du récit, et cette course ininterrompue qu’il éprouve physiquement force l’admiration.

« Réparer le vivants » fait partie de la catégorie des pièces de théâtre qui comportent un avant et un après. C’est un sujet compliqué partagé à la salle avec la limpidité et l’émotion que permet le théâtre, qui donne à chacun l’occasion de se pencher sur la question et de peut-être trouver ses réponses.

Coralie M pour le blog des spectateurs