Une légère blessure au Piano’cktail

Une légère blessure
Compagnie Solaris

Texte et dramaturgie : Laurent Mauvignier
Mise en scène, scénographie, son et lumière : Othello Vilgard
Avec : Johanna Nizard
Costumes : Cécile Ponet

Une légère blessure est une plongée sans filtre dans la psychologie d’un personnage à la fois tendre et détestable : une femme d’un âge indéterminé, racontant ses souvenirs – une succession de déceptions – avec un détachement feint, et qui peine à enfouir ses fragilités derrière un masque de certitudes teinté de racisme ordinaire.

Face à ce personnage complexe, si étrangement familier, le spectateur n’a d’autre choix que d’entendre les confidences, écouter jusqu’à la nausée (la fin est éprouvante) le déroulement chaotique de cette narration volontairement déstructurée : on y perçoit les errements et le déni du personnage face à son propre vécu ; on le voit progresser lentement, dans une introspection psychanalytique en spirale, vers le moment où surgiront les mots qui racontent l’impensable.

Par une scénographie froide, par la lenteur du propos – phrases tronquées, longueurs, ruptures de rythme, accès de colère – la mise en scène colle précisément aux errements et à la solitude de cette femme. On peut cependant s’interroger sur la pertinence du seul passage musical, qui sonne comme moment de transe libératrice, à un moment où le personnage est encore loin de s’être extirpé de ses carcans.

Un seul regret, néanmoins de taille, dans cette pièce : une relative faiblesse du texte, ponctué de lieux communs et de longues formules creuses faussement alambiquées. Dommage, un tel sujet aurait mérité d’être mis en valeur par une écriture plus solide. La qualité de l’interprétation vient heureusement relever cette faiblesse : Johanna Nizard, seule en scène, livre une performance théâtrale remarquable, dense et poignante, d’une très grande justesse – et cette incarnation sans filtre résonne comme un coup de poing.

Marie B.