Une nouvelle « aire » bretonne comme étendard

Nouveau Pavillon, Bouguenais, 13 Février 2020,
J’entends un peu parler breton dans les rangs, ça donne le ton, le groupe chante dans cette langue. Une personne derrière moi : « c’est toujours les mêmes têtes, les mêmes gens ». Je suis l’étranger en ces terres.

Ludjêr – (Facebook ; Page officielle)

Le groupe arrive sobrement et avec diligence sur scène. De droite à gauche, le batteur, le chanteur, le violoniste/altiste et le claviériste se mettent en position. La batterie commence avec des sons qui m’évoquent la mer. Une musique électro planante bruitiste s’installe. Je sens se dégager une étrange profondeur de ce « bœuf » entre le clavier et la batterie.

Le chanteur parle au nom du collectif, ils souhaitent que l’on se comprenne malgré la barrière de la langue bretonne. Leur volonté est de : « faire un pont d’une barrière », mimant un geste de « stop » avec sa paume levée vers nous, le public, se couchant comme le tablier d’un pont en travers d’un canyon.

La sensation d’impro et de spontanéité jazz persiste jusqu’au bout de leur prestation. Touchant, je le trouve, à l’expérimental lors d’un passage transpirant la violence au violon, à la limite de la cacophonie. Le public pendu à ses cordes. Et finalement contrebalancé par une reprise de respiration avec le retour à la chanson.

J’aime beaucoup leur manière de gérer la scène qui permet de donner une place à part égale aux différents aspects de leur musique. En plus des focus ponctuels sur certains musiciens, le chanteur se met en retrait dans le fond de la scène lors des passages purement musicaux. Cette scène est assez grande pour chacun d’eux.

Soudain une chanson en français, perak ne vije ket ?
Je dois concéder y être moins sensible. Je trouve que les sonorités de la langue bretonne se marient mieux à leur musique. Et peut être que de tout comprendre au mot près n’est pas vraiment un plus en terme d’étayage de pont.

Deux gwerzioù sont aussi interprétées. Une gwerz est définie comme suit par Wikipédia  : « un chant breton racontant une histoire, depuis l’anecdote jusqu’à l’épopée historique ou mythologique ».
La première nous est introduite ainsi : « avec cette chanson, on va prendre notre temps ». Durant celle-ci, la traduction est assurée par le chanteur. Entre deux couplets, sur des respirations musicales semblant aménagées pour, il nous conte en français, d’une manière flirtant avec le slam, ce qu’il vient de chanter.
La deuxième est un grand classique, « Skolvan ». Je la découvre à l’instar des autres chansons. Cette fois-ci, le chanteur nous explique en amont le propos du texte. Son sujet est le pardon. Et laisse ensuite pleine place au morceau. Je trouve cette gwerz vraiment très très belle, et ne résiste pas à partager le lien vers ce court extrait de leur version, écoutable sur les internets : https://soundcloud.com/paker-prod/ludjer-skolvan

La fin du concert se profile déjà. Le chanteur avec l’assentiment du groupe entier espère que l’ « on a réussi à se fabriquer un petit pont ensemble ». Ya. Trugarez vras deoc’h !

Le concert se conclut après le bis protocolaire. Une personne du rang de devant vient de retrouver une casquette entre les sièges. Elle me demande « C’est à vous ? » Je ne porte pas de couvre-chef de cet acabit. Je réponds négativement et lui indique mon stetson mental.
Alors que je sors, je me dis que je reviendrai : la programmation vaut le coup !

CTF