Vous avez dit « Chatouilles » ? Non, c’est une véritable claque !

Mardi 20 février 2018, le Piano’cktail, 21H00… Scène d’un crime… que beaucoup de personnes vont commettre : celui de ne pas aller voir le spectacle intitulé « Les chatouilles ». Parti voir ce spectacle gaiement, en choisissant de ne pas du tout m’informer sur le contenu, le sujet et les auteurs, en somme en tant que témoin, c’est ému et déstabilisé que je suis sorti de la salle du Piano’cktail.

Vous imaginerez facilement ma surprise lorsque dès la première scène je me suis dit : étrange la façon de parler de cet adulte à la petite fille…Mes soupçons sur le thème se sont avérés justes au moment où, Gilbert, un ami de la famille de la petite fille, se retrouve seul avec Odette, dans sa chambre. Seuls sur la scène du futur crime, Gilbert lui propose de « jouer à la poupée » puis de « faire la poupée » et d’en venir aux fameuses « chatouilles » qui prennent alors tout leur sens. C’est à ce moment que pour ma part, en tant que témoin, je me suis senti mal à l’aise par la sincérité et l’horreur de l’acte jouée par Andréa Bescond. La suite du spectacle nous fait entrer dans la vie d’Odette qui a utilisé la danse comme moyen de s’exprimer, comme échappatoire face à son agression. Elle nous montre aussi l’incompréhension de ses parents dont elle a été victime.
Et c’est sur côté du spectacle que j’aimerai m’attarder bien que l’ensemble du spectacle mériterait que l’on s’y attarde. Les personnages de la mère et du père dans une moindre mesure car absent sont peut être les plus criminels du spectacle. Pourquoi ? Car on ne s’attend pas à cette incompréhension de la mère vis-à-vis de sa fille. Odette, cette petite fille qui, malgré son âge, cherche du réconfort, de la compassion, de l’amour chez sa mère. Elle souhaiterait que sa mère comprenne le traumatisme qu’elle a vécu. Cette mère qui est dans le déni total. Elle pense que sa fille est folle, qu’elle a inventé cette affaire de pédophilie. Il y a deux scènes qui m’ont marqué :

  • La première scène est un coup de téléphone de son violeur, qui propose de s’occuper d’Odette pendant les vacances pour laisser du répit aux parents. Scène pendant laquelle on observe parfaitement l’incompréhension de la mère vis-à-vis de la terreur de sa petite fille et l’absence du père qui ne fera que lui crier dessus sur ordre de la mère. Cette scène mettant en action 4 personnages a été jouée sublimement et fait preuve d’une écriture très juste, comme tout le spectacle, faisant passer des moments critiques, durs, par le biais d’une phrase humoristique bien placée.
  • La deuxième scène est une rêverie d’Odette, où l’on voit son père comprendre ce qu’il se passe sur la scène du crime alors qu’il fait un barbecue chez lui. Il se rue sur l’agresseur avec toute la rage d’un homme qui veut protéger un être qui lui est cher. On le voit hurler : « Si tu la touches, je te tue ! » plusieurs fois. L’intensité de cette brève scène m’a totalement retournée. On ressent la colère de l’interprète à travers le rôle du père. Mais malheureusement il ne s’agit que d’une rêverie, certes très poignante, mais rêverie d’une fille dont l’enfance lui a été volée.

Cette pièce est une claque qui nous ouvre les yeux sur la violence sexuelle dont les enfants sont victimes, mêlant subtilement larmes, humour, colère. Écrit et interprété de manière magistrale par Eric Metayer et Andréa Bescond, une standing ovation spontanée de 10 minutes est venue saluer la performance de la danseuse qui interprète avec brio plus d’une dizaine de personnage. A voir absolument !

Amaury Courtois