Western : d’intrigant à malaisant

Dans le cadre de la première édition du festival pluridisciplinaire SPLASH, dont le thème est le croisement entre arts visuels et arts vivants, Perrine Mornay, diplômée des Beaux-arts de Paris, était invitée à présenter sa pièce Western, pour deux représentations les 5 et 6 mars, au Théâtre Universitaire de Nantes.

Présentée comme une “expérimentation sur ce que serait le théâtre sans image”, on comprend à la lecture de la feuille de salle qu’une bonne partie du spectacle se déroulera dans le noir.

On entre dans la grande salle du TU. Toutes les sources de lumière ont été cachées pour créer un noir complet, on nous indique donc où sont les issues de secours et qu’il y aura des personnes pour nous aider en cas de besoin. Bonne ambiance. Mais l’excitation est palpable.
La salle est plongée dans le noir. On entend d’abord les bruits de grincement des fauteuils spectateurs et quelques toux. On sent le flottement. Puis des sons venant du plateau, mais aussi de tout autour de la salle, se font entendre progressivement.

La première partie de la pièce est assez intéressante. On sent que sur la scène ça s’agite plus ou moins. Au départ on cherche à reconnaître les sons, on en discerne facilement quelques uns. Pas forcément tous liés au western, ce qui est assez intriguant.
Puis au bout d’un moment on lâche prise et on écoute juste la mélodie formée par tous ces mouvements et bruits. De temps en temps, il y a quelques apparitions lumineuses, furtives. Un briquet qui s’allume, une cigarette, une lampe torche. Des jeux se mettent en place entre cette lumière et les trois comédiens. Le tout est assez intriguant, plutôt expérimental, mais pas désagréable.

Puis vient la dernière partie, et là c’est l’incompréhension totale. En fond de scène, les trois comédiens changent leur costume et se griment pour devenir respectivement un cow boy (au visage bleu), un indien et un homme noir (le comédien s’est enduit le visage de noir). Les trois personnages s’animent et avancent chacun à leur rythme au devant de la scène, avec une phrase, un son et un mouvement qui leur est propre.
Et là le malaise monte. Ok, les trois personnages sont (quasiment) autant ridiculisés les uns que les autres, mais a-t-on déjà oublié que l’utilisation de la “black face” est associée à une pratique raciste ? Utilisée aux Etats-Unis au 19e siècle dans les “minstrel shows”, la “black face” permettait aux acteurs blancs d’interpréter des personnages caricaturés de noirs présentés ainsi comme attardés et grossiers. Cela renvoie donc à l’Amérique ségrégationniste.

Amené comme ça, sans élément permettant toute distanciation, il est très difficile d’y voir une potentielle critique des “minstrel shows” (si tant est que ce soit l’objectif, mais espérons-le…). Ici, pour ceux qui n’ont pas les références historiques, l’amalgame est facile. L’incompréhension est donc totale. Malheureusement, cette fin vient ternir tout l’aspect expérimental et étonnant qu’avait le reste de la pièce.

Cécile M.