Commentaires de spectateurs

Courts toujours

Cette nuit-là, je n’ai pas dormi. Le Grand T m’a tenue éveillée par une série ininterrompue de courts-métrages en tous genres.

Un Grand T visiblement bien préparé pour de belles festivités : deux billetteries extérieures qui tamponnaient les poignets des spectateurs, tables et chaises en terrasse, installées à proximité d’une buvette, orchestre monté sous les auvents, table de mixage dans le hall... A 19h30, l’air encore trop humide a contraint les jeunes élèves du conservatoire se mettre à l’intérieur pour interpréter quelques musiques de films, sous l’oeil attendri des premiers spectateurs découvrant le programme qui leur permettrait d’organiser un tant soit peu leur nuit.

Un public clairsemé au début, clairsemé à la fin, mais pas non plus de foule durant la nuit. Peut-être la faute à une météo peu encourageante et à une coupe du monde qui commençait à peu près en même temps que le premier court.

La formule est pourtant intéressante, et oblige à une petite organisation : on découvre le programme à l’entrée pour s’apercevoir que tout ne sera pas visible et qu’il faudra faire des choix : des projections à la chapelle sont données en même temps que dans la grande salle ou sur le mur du voisin. Reste à s’orienter selon ses affinités. Pour ma part, j’ai cherché au maximum les films d’animation, qui m’impressionnent toujours par les techniques mises en œuvre. Le mur du voisin ne m’a pas déçue en cela, avec des animations faites au moyen d’un mur, d’un immeuble, de t-shirts... A la chapelle, des propositions plus conceptuelles, comme une sélection de courts d’Alexander Kluge, aux propositions décalées, variant les supports visuels et auditifs, à l’ambiance quelque peu surréaliste et riche de multiples références et plus tard dans la soirée, une rétrospective thématique sur la mémoire. J’ai alors apprécié de pouvoir quitter la salle entre deux films...

Entre deux films justement, une pause en terrasse est toujours possible, ou bien dans un autre espace aménagé : le parc du Grand T. Là, au milieu des arbres, trois caravanes mystérieusement hermétiques, devant lesquelles s’amassent des groupes de fêtards, autour d’une gitane en robe verte à pois blancs qui invite tous les passants à se déhancher sur les vinyles qu’elle propose. Visiblement, danser est la condition sine qua non pour pouvoir percer le mystère de ces caravanes d’où nos prédécesseurs sortent le sourire aux lèvres. Deux timides déhanchements me permettent d’entrer d’abord chez la Belle au bois dormant, puis chez le Chat botté. L’histoire nous est contée derrière le cadre d’une télévision évidée, par un homme en survêtement, un vinyle et des marionnettes parfaitement réalisées pour réduire à néant tout fantasme sur tel prince tant attendu ou telle fameuse princesse. Un court-théâtre parmi les courts cinématographiques, qui fait une pause bien surprenante.

Retour dans la grande salle, où finissent par se retrancher tous les irréductibles spectateurs. Une programmation assez variée, parfois décevante ou frustrante, lorsqu’on attend d’un court métrage une chute qui nous surprenne, mais intéressante pour la découverte des diverses façons de remplir l’exercice et heureusement rattrapée par la sélection de Philippe Coutant, en particulier le film surprise, "Omnibus" de Sam Karmann. La curiosité, une bonne compagnie et la promesse de croissants frais à l’aube ont eu raison de la fatigue et de la lassitude qui se sont parfois faites sentir... Mais la prédiction de Philippe Coutant en début de soirée s’est avérée juste : les premiers arrivés sont souvent les derniers partis et je ne regrette pas d’en avoir fait partie.

Lucie Aubin