
« Venez, venez ! N’ayez pas peur ! ». Une belle fille bien disjonctée nous attire vers trois caravanes, celles de la compagnie Scopitone et Cie. Il fallait choisir entre « La Belle au Bois Dormant », « Le Petit Chaperon rouge » et « Le Chat botté », et rentrer au rythme de la musique. J’ai choisi la première histoire. La caravane faisait fonction de salle de spectacles, et le personnage muet mimait une recomposition sarcastique et drôle de cette histoire peu probable grâce à des enregistrements sur vinyle. J’ai eu envie de voir les autres deux caravanes, les limite du temps m’ont donné une mauvaise excuse.
Cette nuit n’a pas été trop longue. Mes difficultés à m’endormir devant les films, ajoutées au fait que les films les plus longs que j’ai visionné duraient 35 minutes et que j’ai rencontré des gents sympas, ont accéléré le temps. J’aime bien les machines du temps comme celles-la. J’avais envie de prendre une bière et de me reposer pendant les entre-actes, mais des films tournaient, et pas n’importe quels films.
J’ai commencé par la Grande Salle. Il y avait les Courts de Philo par Premiers Plans (festival renommé d’Angers). Ils ont projeté deux moyen-métrages autour de la philosophie, mais avec des points de vue totalement différents. Mission Socrate a été ce que j’avais besoin en ce moment : un film pédant et sur le pédantisme, avec des improbables et bien baigné dans l’humour. Candidature, est un film sur les aprioris, sur les différents chemins que le futur nous garde à chacun de nous, mais avec des personnages qui se prennent bien la tête.
J’avais envie de voir La Chapelle, une petite salle toute en longueur, que disposait d’un écran carré. La compagnie Mire proposait plusieurs films sur le Mouvement de la Mémoire. Quelqu’un avec un accent bien anglais nous a parlé brièvement de leur thématique. Le premier court-métrage présentait un village roumain, qui m’a beaucoup rappelé mon enfance en Galice. Le réalisateur joue avec la vitesse des images et avec les bruitages des machines agricoles. La compagnie a eu beaucoup de problèmes techniques dans la projection de ce film qui m’ont empêché de rentrer dedans. Le deuxième, très court, n’avait pas de son (suite aux problèmes avec le premier film, je ne savais pas quoi penser). Au début du troisième, je suis parti. Il restait peu de spectateurs dans la salle.
J’avais eu une bonne première rencontre avec Premiers Plans, donc je me suis décidé à revenir dans la Grande Salle. J’ai chassé au vol Le secret de Salomon, un film sur l’homme invisible malgré lui ; Les Williams sur les vieilles et compliquées relations de deux copains ; et La Pisseuse, une fille avec la tête en l’aire mais qui tiens la vie par la main.
Premiers Plans présentent, après deux Hot dogs et une bière, les Plans Animés. Pour moi ces créations d’animation (aussi bien digitale que analogique) ont été les meilleures projections de la soirée (bien meilleures que le Best of qui suivait). Je dois nommer Grise mine, Benigni, Sauvage, Red-end and the seemingly symbiotic society et Trois, Quatre. Mais je veux surtout parler de trois court-métrages : Logorama est un film d’animation réalisait que avec des symboles publicitaires et slogans (qui a reçu des prix partout où il s’est présenté et très récemment un Oscar au meilleur court-métrage) ; What light est un projet innovant et un incroyable travail avec la lumière ; et Make-down, une réalisation sur le visage d’une femme à base des changements dans le maquillage que nous laissent perplexes.
Je suis arrivé en retard pour le premier Best of, 8 et des poussières. Le suivait Lost paradise, est un film sur les difficultés de l’amour entre deux personnes de différentes ethnies, dans un pays très attachait à la religion. Je pense que à ce stade, il faut innover vraiment beaucoup pour que un court-métrage de 9 minutes sur les juifs et les musulmans soit attractif. Pour moi c’est une belle courte histoire d’amour sans plus. C’est gratuit pour les filles ne m’a pas du tout convaincu. Si on prend un sujet plus que commun et on donne des dialogues d’adolescentes à des adolescentes, tout ça filmait « au naturel », ça ne donne rien de spécial, forcement. Pour finir le Best of : O’Moro, film d’animation sur le métissage à Naples.
Encore une petite pause. Je me suis rendu compte que bien profiter des pauses était important, pour ne pas saturer de l’écran, et pour pouvoir savourer les courts. Je savais que la thématique prochaine serait Vers le sud, mais je ne me suis pas précipité dans la salle. Quand je suis arrivé, un film sur l’immigration de l’Espagne en France finissait. Je me suis identifié, de par mes origines, aux situations vécues par les protagonistes. Un retour tardif pour un mariage plus que symbolique... j’ai déjà vécu ça. Sauf que c’était une partie de l’Espagne vers le sud. A chaque fois ça me rends un peu plus triste de savoir que l’Espagne pour les français est formait de San Sébastien, Barcelone et (surtout) l’Andalousie. Deux autres films d’animation faisaient partie de cette section. Madagascar, carnet de voyage une très belle réalisation qui invite au voyage ; Au premier dimanche d’août qui parle des typiques personnages dans les bals d’été et qui m’ont fait applaudir le travail qui peut avoir derrière une telle création.
Pour finir la nuit, vers 4:30 du matin, Philippe Coutant (directeur du Grant T qui selon mes sources devrait bientôt quitter le poste) avait carte blanche. Pour la plupart des films, ils sont des débuts des années 90 et ils ont bien souffert le passage du temps. Le batteur du Boléro (de Ravel) avec Jacques Villeret (heureusement), Emilie Muller, Bête de scène (avec une bonne poignée d’acteurs, entre autres, Michel Piccoli), Quelle troupes, Monsieur ? et Le dîner. Sauf ce dernier, ce qui caractérise ces films est une petite touche de romantisme, tous en lien avec l’art (musique classique pour le premier, cinéma pour le deuxième et théâtre pour troisième et quatrième), et toujours une bonne couche d’absurde. Ce sont des films que se font vieux. Le dîner (2006) est un court-métrage qui surprend. Quand tout mène à penser qu’il y a eu un équivoque et que la chute sera terrible, la situation se retourne deux fois sur elle même et nous fait mettre un bémol sur les préjugés. Je ne raconte pas plus.
Malheureusement je ne pourrais pas vous parler du film surprise, parce que je ne me rappelle pas (ce n’est pas un bon signe).
À la fin de la soirée, reprise du court-métrage d’animation reçu aux Oscars et petit déjeuner à l’aube. Je suis ravi de pouvoir profiter d’une idée si riche. Le Grand T donne la possibilité pour la modique somme de 9 euros de profiter toute une nuit des meilleurs court-métrages de différents festivals et compagnies, avec de l’art de rue, musique, etc... Je fais un appel à Philippe Coutant pour qu’il me garde une place parce que je reviendrais l’année prochaine.
Nilo Pardo Garcia
