Commentaires de spectateurs

Le Mystère de la nuit du Grand T

Le Grand T accueille la 11ème longue nuit du court

Un petit coup de tampon avec un grand T sur la main, et hop, c’est parti pour la longue nuit du court. Au programme, des courts métrages donc, mais aussi un mystère dans la nuit.

La nuit a un peu de mal à tomber sur le Grand T, ce 11 juin. Car c’est timidement que les tout jeunes musiciens du conservatoire nous accueillent avec quelques musiques de films. Et c’est dans une salle clairsemée que, à 19h30, est lancé le premier court. Cette année-là, les noctambules ne sont pas venus en masse. La faute au temps, disent certains, au foot, affirment d’autres. Tant pis : à défaut de chaleur humaine et d’une ambiance débridée, nous enfilons un pull et nous pénétrons, d’un pas non moins vaillant, dans les profondeurs de la nuit à la rencontre des mystères qui nous y attendent.

Le grand T, un cinéma ? Qui l’eut cru ? Et pourtant si, un vrai cinéma 3 salles, dont la principale équipée d’un projecteur 35 mm. À de bonnes installations matérielles s’ajoutent une organisation efficace, intelligente et agréable : entre la grande salle et la petite de la « Chapelle », se trouve le troisième écran, en plein air, sur le mur du bâtiment voisin. Et quel plaisir d’assister à des courts métrages de peinture murale, entre-autres, sur « le mur du voisin » ! Dans le hall du Grand T, un DJ tente de réchauffer l’atmosphère. Pour l’y aider, une buvette s’est installée sur le parvis, avec ses tables et ses lampions de guinguette. Et ce n’est pas tout : dans le bosquet, que dis-je, dans la forêt inquiétante du Grand T se trouve un camp bohémien ! Là, une gitane au sang chaud nous invite à entrer dans trois caravanes énigmatiques. Mystère que je percerai plus tard dans la soirée.

Revenons pour l’instant au cinéma. Trois écrans, donc trois programmes. Cela veut dire qu’il faut faire des choix, et les thématiques sous lesquelles sont classés les courts nous y aident. Il y en a pour tous les goûts, du film d’animation au film documentaire, en passant par des formes plus expérimentales proposées par les associations « Videozarts » et « Mire ». Dans cette dernière catégorie j’ai, pour ma part, découvert les couts métrages d’Alexander Kluge, le « Godard germanique ». Et, si ces propositions ont d’abord surpris mon œil non averti, j’ai été séduit par l’esthétique « année 70 » et l’atmosphère étrange qui s’en dégage. La nuit commence plutôt bien, donc. (D’autant plus que le mystère des caravanes reste entier).

Mais après cela, plus grand chose de remarquable : la plupart des courts que je vois sont fastidieux, sentimentaux, politiquement corrects et, aberrations selon moi pour des courts, longs et sans chute. Car un court métrage, et c’est en cela que je l’apprécie, doit pouvoir, en quelques minutes, construire une atmosphère et une structure narrative, construction complexe qu’il détruit sans vergogne à la toute fin. Certes, l’esthétique du court est importante et elle a suffi à me faire apprécier certaines propositions. De même, j’ai été admiratif de la technique virtuose de certains courts d’animation. Néanmoins les chutes font cruellement défaut. Est-ce à dire que la forme classique du court est ringarde ? Non, évidemment, car dans cette sélection somme toute ennuyeuse se trouvent quelques chefs d’œuvre, d’autant plus marquants que les autres ne le sont guère. Je pense notamment à Émilie Muller, d’Yvon Marciano. Ou encore au très simple mais très efficace Omnibus, le « film surprise » de la fin de soirée. Car oui, la nuit s’est terminée en beauté, et les cafés et croissants qui récompensent les derniers noctambules y sont pour quelque chose.

Alors quoi ? Un bilan assez mitigé ? Oui... mais. Le mystère. Car qu’en est-il de ces fameuses caravanes stationnées dans la profonde forêt du Grand T ? La curiosité étant plus forte que l’obscurité de la nuit, me voici donc embarqué dans l’une d’elles avec 9 autres voyageurs improbables. L’intérieur est un musée du kitch, mais ce qui capte le regard est une vieille télévision évidée qui trône en plein milieu. C’est, en fait, un mini-théâtre, et c’est à un mini-spectacle de marionnette que nous assistons : trois contes de Perrault sont revisités par la compagnie Scopitone, sur une mise en scène de Cédric Hingouet. Décalé, drôle, génial. À croire que ce qui se fait de mieux au Grand T, c’est quand même et surtout du théâtre !

À la saison prochaine, donc.

Nicolas Arribat