Commentaires de spectateurs

Les Fourberies de Scapin

« Les Fourberies de Scapin » au Grand T /// Mise en scène d’Omar Porras /// Par la troupe du Teatro Malandro

Époustouflante démonstration ce mardi au Grand T d’une troupe allumée et virevoltante au service de la satire et de la farce servie par son maître incontesté, Molière.

Des couleurs…

Des couleurs, d’abord : il faut imaginer l’atmosphère d’un « Diner » américain avec tout le folklore qui l’accompagne : juke-box, tabourets hauts typiques, portes saloon, costumes rétros, le tout trempé dans le kitsch le plus outrancier. Dans ce décor fantasmatique et anachronique, ne soyez pas étonnés si les poissons s’animent soudain tandis que la troupe, mixant audacieusement Molière façon Grease, transforme la scène en comédie musicale délirante. Nous sommes chez Omar Porras, grand défricheur de classiques. Après Maître Puntila et son valet Matti de Brecht et El don Juan de Tirso de Molina, deux variations sur la relation ambivalente et houleuse entre maîtres et valets, il s’empare de la plus fameuse comédie de Molière pour la transplanter dans le décors burlesque d’une pseudo-amérique de folklore. L’intrigue : deux jeunes barbeaux, Léandre fils de Géronte et Octave fils d’Argante, ont profité de l’absence de leurs parents respectifs pour se marier. Le premier avec Zerbinette, esclave égyptienne, et le second avec Hyacinthe, jeune fille sans fortune. Le retour des géniteurs sera l’occasion pour Scapin, valet de Léandre, archétype du valet roué, de montrer ses talents de manipulateur.

…et du souffle !

Il faut avouer que jouer cette pièce demande du ressort. La performance à laquelle on assiste laisse pantois. Il convient de tirer un coup de chapeau à Omar Porras pour son choix de comédiens, et à ses comédiens pour le talent et l‘énergie prodiguée. Gestuelle « cartoonesque » accentuée par le jeu survitaminé : Porras en rajoute par l’utilisation de masques grotesques et l’on rit et se moque davantage de ces personnages tantôt odieux(Géronte et Argante, bourgeois bornés et avaricieux) ou carrément niais (Léandre, sorte de nabot cintré dans un costume à carreaux ringard, dominé par sa caractérielle de mère, Hyacinthe campée en sotte pleurnicharde).

Il y a les quelques clins d’œil potaches glissés ça et là (j’ai beaucoup ri en me faisant traité de sous-breton buveur de muscadet). Il y a l’énergie dominant cette pièce allègre, et cette jeune troupe (re)donnant des couleurs et du peps’ à une interprétation qui n’aurait pas dépareillé du temps de son illustre créateur. Pour tout cela, merci Omar Porras, et merci les artistes.

Thomas Geffriaud